En attendant, nos champions, Yves & Alex, sont toujours à bloc, le nez dans la barre (à roue!). L’ambiance est comme d’hab’, super jovial : Les 2 marins ne sont jamais à court d’anecdotes et d’histoires, je me régale à les accompagner pendant les quarts.

Ce n’est pas pour autant « la croisière s’amuse » : même s’ils essayent de se reposer au mieux, la fatigue, le stress, tout s’accumule au bout de 28 jours de course intense, sans le moindre répit !

 Moi qui suis « hors quart » et surtout hors séance de gymnastique intense, je le ressens : nous sommes un peu vidés ! Dans ces conditions, une erreur peut vite arriver. Personnellement, après quelques chutes ridicules à l’intérieur, je me déplace de plus en plus proche de la coque : je ne vais pas tarder à ramper comme un « GI sous du barbelé », pour atteindre la « cuisine » ou les « toilettes », haha !

Cette gestion de l’épuisement, Yves & Alex en connaissent un rayon. Ils gèrent, ils m’expliquent : plus le bateau est puissant, plus le moindre étourdissement peu prendre des proportions dramatiques. Un Ultim, c’est sur-puissant, tout se compte en dizaine de tonnes, mais on s’habitue vite aux proportions de la bête.

Yves Le Blevec, skipper et Alex Pella, co-skipper Actual Leader à la manoeuvre - Jour 26 Brest Atlantiques

Par exemple, tous les bouts reviennent dans le cockpit, autour des énormes winchs, puis de la colonne. Ils contrôlent l’activation des winchs grâce à de « gros boutons » au sol. Pendant une manœuvre, ça piétine des 4 pieds pour sélectionner ou désélectionner les 6 winchs : toutes les combinaisons et vitesses (comme sur un pédalier de vélo) sont possibles.

Une expérience précédente, déjà vécue par Alex, pour bien comprendre les enjeux : en pleine nuit le vent change de direction rapidement, tu réveilles ton collègue pour border la grand-voile, bien lourde, à fond sur la colonne : 1 seul winch sélectionné, très petite vitesse; sauf qu’un autre winch est resté sélectionné dans un coin avec au choix : drisse, cunningham, foils sélectionnés… Et paf, tu arraches la moitié du bateau. Chaud. Surtout avec un boulet comme moi à bord, qui sort pisser en pleine nuit et écrabouille tous les boutons, détendu : « oh, pardon ! ».

Donc quand la fatigue est présente, ils se mettent en mode « idiot proof », à ralentir, vérifier chaque mouvement. Et ça marche, tout va bien à bord !

Depuis 2 jours, nous remontons une grosse houle longue de Nord-Ouest. Sur ce bateau monstrueux, haut sur l’eau, les vagues ont toujours l’air petites. Mais là, se sentir monter et descendre des montagnes, c’est hyper impressionnant. Il faut avoir les tripes bien amarinés ! c’est un peu frustrant pour le surfeur que je suis… Et ils vont où, ces trains de houle, offshore, hein !?

Nous avons également bien rattrapé Macif : nous nous voyons désormais à l’AIS, à moins de 20 milles. Yves & Alex sont bien partis pour mettre la pression à leur concurrent jusqu’à l’arrivée !