J’avais entendu toutes sortes d’histoires sur la zone inter-tropical, ce « no-man’s land » entre les alizés de l’Atlantique nord et sud… Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi flippant, dur et interminable, surtout en Ultim !

Au moment où j’écris ces lignes, il fait nuit à nouveau. La houle des alizés du sud rentre face à celle des grains, ce qui crée une mer abominable. Le bateau tape fort et tout le carbone réagit comme un ressort qui finit dans nos corps, en résonance. Ce n’est vraiment pas agréable, et surtout flippant ! On sent que le bateau, le matériel morflent. Mais difficile de ralentir le bateau sous les grains. Le dernier que j’ai vu sur le pont, « avant le coucher du soleil »,  l’anémomètre affichait 42 noeuds de vent. La mer était blanche, le ciel noir : flippant !

Mais ce qui m’a le plus fait peur, c’était d’aborder les premiers grains hier soir, de nuit, de voir le stress monter dans les yeux d’Yves et Alex, ne sachant absolument pas à quelle sauce nous allions être mangés dans la nuit noire toutes voiles dehors. Le bateau est tellement puissant, le vent rentre tellement vite… J’en ai la chair de poule rien que d’y repenser ! Mais Yves et Alex gèrent la crise comme des pros, heureusement pour moi ! Mais ça reste quelque chose, dans le noir complet, de ressentir la pluie torrentielle s’abattre d’un coup, le bateau s’emballer en survitesse… Pendant que l’un abat en grand, l’autre choque, dans le fracas monstrueux des winchs, le sifflement des foils et du vent… Heureusement que j’ai ma caméra pour filmer l’action, ça me détend un peu dans ces moments là !

De jour c’est pas tellement plus rassurant, mais la même scène se répète depuis 24 heures : il y a entre 5 et 10 nds de vent, nous somme scotchés… en quelques minutes un champignon noir se crée à côté et au-dessus de nous, et d’un coup, c’est le ciel qui nous tombe sur la tête. Un torrent de pluie et de vent se déverse sur nous (entre 35 et 40 nds de vent en moyenne, direction inconnue !) Yves et Alex gèrent le monstre, souvent la fuite sous le vent, avec le bateau qui, lui aussi, hurle jusqu’à 40nds… ça dure plus ou moins longtemps…. Calme plat, et paf, ça repart !?

On n’en peut plus, on est trempés jusqu’aux os, personne n’a dormi depuis hier soir (ou alors 5 minutes en ciré sur le pont, et encore…). J’espère que mes guerriers, à qui je dois la vie chaque minute, vont encore tenir le coup une nuit de plus ! Le plus dingue, c’est qu’ils continuent de faire des blagues et de sourire, même avec le stress et la fatigue ! Désolé pour les images du jour, je les enverrai à la sortie, si on sort un jour : inch’Halla !