Vu que je travaille beaucoup « à fond de cale », ça donne des moments très calmes (dans lesquels le bateau n’avance « qu’à » 25 nds), j’en oublie presque que je suis en mer.

Puis d’un coup le vent rentre et la machine rugit, siffle, craque et re siffle de plus en plus fort (je suis à côté de la dérive centrale, qui rentre en résonance dans le carbone !). En général, le barreur abat (descend au vent), donc le bateau accélère et « dérape » sur les foils, ce qui donne des mouvements de translation assez imprévisibles. Sur le pont, c’est le moment où l’on approche ou dépasse les 40nds… si la direction est bonne (vers Rio), c’est grand sourire de la part d’Yves ou Alex, sinon ils font la grimace : « p…. de grain qui nous emmène aux Antilles ! On passe sous J1?! ».

Haha, dans tous les cas, moi j’ai la banane. Je prends mon pied, les cheveux dans le vent : quelle chance de vivre ça, c’est fou ! J’ai même vu un poisson volant passer à 2 mètres au dessus de moi…

A part cela, il n’y a personne. A vue, comme à l’AIS, rien depuis plus de 48h… jusqu’au moment où Yves ouvre la trappe de la cale : « Viens voir, on croise un bateau de ouf !» Et quel voilier : un 5 mats, Le Royal Clipper,toutes voiles dehors. A la VHF, le capitaine nous dit « j’ai 180 personnes sur le bastingage, qui vous regardent passer ! »

Pour ce qui est de notre position dans la course, hier c’était un peu la douche froide, le « depression report » comme dit Yves. Mais ils s’accrochent : « On est dessus » dit Alex, « on attend une opportunité, même si pour l’instant, ils se sont échappé à chaque transition ». On est plus près de Sodebo, que Sodebo de Macif. Le bateau va bien, l’équipage aussi : à demain ! »